Quand un anonyme laisse son témoignage sur les combats d’aout 1944
Un appel aux habitants de Ste Gemmes sur Loire avait été lancé lors du lancement de la composition et de la rédaction du livre « Sainte Gemmes-sur- Loire, des origines à nos jours », publié en l’an 2000. Souvenirs, documents, photos, cartes postales avaient été collectés à cette occasion. Dans les cartons qui nous ont été transmis de cette époque, un document dactylographié de huit pages, intitulé « Historique des évènements qui se sont déroulés à Sainte Gemmes-sur-Loire depuis l’arrivée des Américains à Angers en août 1944 ». L’auteur de cette relation n’est pas connu. Mais ce précieux travail d’un anonyme a été mis en ligne par le Camp de César sur son site. Il intéressera au plus haut point les personnes intéressées par cette période exceptionnelle de l’histoire de Sainte Gemmes-sur-Loire.
HISTORIQUE DES EVENEMENTS QUI SE SONT DEROULES A STE GEMMES-SUR-LOIRE DEPUIS L'ARRIVEE DES AMERICAINS A ANGERS--AOÛT 1944
Mardi 8 Août
Matin, 5 H 1/2, le canon américain tonne de l'autre côté d'Angers en direction d'Avrillé. 6 H d’escarmouches d'avant- poste, les Américains tirent de BOUCHEMAINE (armes automatiques) sur la rive gauche de la MAINE, calme relatif pendant la journée. 18 H. les batteries américaines tirent de la route de Nantes, de la ROCHE, St JEAN DE LINIERES, sur FREMUR et région avoisinante, fusants et percutants par rafales environ toutes les 20 minutes, 19H30 (les obus tombent sur le village de FREMUR, château de Vendôme, de la Bénétrie, etc. 20 H le tir est raccourci, il apparait nettement que le château du Frêne est visé, près la ligne et le pont du Petit Anjou. Les Américains cherche à protéger les premiers éléments blindés qui ont tenté de passer sur le pont de chemin de fer que les Allemands n'ont pas eu le temps de détruire. Toute la nuit les batteries américaines tirent sur les mêmes objectifs, autour de la Macheferrière, Frémur, la Croix Verte. Tir de barrage pour protéger l'avance qui se fait par le petit pont. Toute le soirée et toute la nuit, escarmouches sur ANGERS, sans artillerie.

Mercredi 9 Août
5 H. Forte explosion, la déflagration a été violente, on apprend que c'est le pont suspendu de BOUCHEMAINE qui vient de sauter. Une batterie allemande installée chemin des Bonnelles, vers les pépinières, tire sur BOUCHEMAINE et au-delà elle est prise à partie par les batteries américaines ( évacué la Macheferrière) à 7 H. Calme. Dans la matinée on apprend que les Américains ont pris pied sur la rive gauche de la MAINE, au pont de l'Anjou, le pont a été débarrassé d'une partie des rails, des madriers sont posés et les tanks et motorisés commencent à passer et montent en direction d'ANGERS faire la jonction avec la colonne qui passe sur le pont de la Basse- Chaine, lequel n'ayant pas grand dommage a été réparé provisoirement. L'avance est lente à ANGERS ou de toutes les maisons bordant le quai les Allemands tirent sans répit. Pendant tout l'après-midi les batteries américaines pilonnent le terrain sur FREMUR et le vallon entre le PORT-THIBAULT et FREMUR, des obus tombent près de la grille de l'Hôpital, des récoltes engrangées, des maisons; des tas de gerbes sont incendiés, le pays est couvert de fumée.
Nous avons évacué la Macheferrière à 6 H pour Ste Gemmes et pris le travail comme à l'habitude. Nous avons passé la nuit dans une cave de la Cité.
Toute la nuit les batteries américaines ont tiré par intervalles plus ou moins longs, toujours sur le même objectif, région Frémur, les Allemands répondent avec de l'artillerie légère. 88 ?
Jeudi 10 août
Matin calme. Je suis retourné à la Macheferrière avec des voisins, chercher des provisions et soigner les volailles, assez calme à l'aller, quelques balles sifflent. A ce moment les Américains occupaient les"Quintes " tout le vallon de St Laud jusqu'a la crête du camp de César, le plus dur de la bataille a été au moment où les Américains arrivés sur la crête ont commencés à descendre sur Ste Gemmes, les Allemands étaient postés dans un chemin derrière un talus de 1m50 à 2m de haut, il a donc fallu faire appel à l'artillerie et en dernier lieu à l'aviation pour les déloger. Et c'est ce qui explique la quantité d'obus qui sont tombés à proximité de notre maison. Le retour à Ste GEMMES s'est effectué sous le feu des deux parties, à partir de ce moment la violence du feu n'a fait qu'augmenter. Un ami réfugié d'ANGERS chez nous est retourné une deuxième fois, les Américains arrivaient sur la crête et commençaient à descendre sur Ste GEMMES. Ppris par les Allemands pour un partisan, ceux-ci tirent et le blessent à la cuisse, il réussit malgré sa blessure à se trainer chez un de nos voisins où il est pansé et ensuite par les Américains arrivés vers 10 heures à la Macheferrière. De violents combats se déroulent tout l'après-midi sur une ligne allant du Port-Thibault, maison MARIONNEAU, le Mélinais la Macheferrière, la Grange, Champ-Charles, le Moulin Carré. Au soir dans le bourg et aux environs immédiats, les Allemands changent la position des pièces à chaque instant; Croix de Mission du carrefour Arnaud, cour du Café ARNAUD, champ de la Croix près de la Ci etc, les munitions sont transportées par des charrettes de paysans, ceux-ci suivent le mouvement. 20 H; un Allemand est vu prendre une charrette de munition et envoyer le cheval sur la route à l'abandon, les pièces allemandes se retirent vers Pierre-Martine sur la route des Ponts-de-Cé. 21 H les tanks américains arrivés entre le Port-Thibault et les Grillers tirent sur les Allemands mais ayant pris un sapin pour repère et non le bon, tirent sur le bourg une dizaine d'obus,, blessant plusieurs habitants et causant des dégâts, quartier de la Société, Maison MERLET, Ecole Maternelle. 23 H. Six chars Américains venant du Port-Thibault avancent dans la plaine, tirant sur les Allemands qui se retirent vers les PONTS de CE, défendant le terrain pied à pied.
Vendredi II août
Matin calme, les gens sortent des caves et des maisons avec précaution, constatant les dégâts causés par les obus pendant la nuit. 9 H. les premiers Américains arrivent dans le bourg de Ste GEMMES, plusieurs chars descendent la rue vers 1'Eglise accompagnés de troupe à pied, d'autres passent à travers champs se dirigeant vers les PONTS de CE, les routes sont sillonnées de voitures, autos-mitrailleuses et autres, le nettoyage se poursuit, le canon tonne, toujours au loin. Prêt à. réintégrer la Macheferrière, on nous dit que FREMUR a l'ordre d'évacuer ainsi q les environs, crainte d'une contrattaque allemande par artillerie : des habitants sont déjà partis en camion direction de BECON (revenus deux jours après). Nous arrêtons chez CROCHET dans l'incertitude, lequel n'avait pas quitté, sa ferme pendant le combat. Je pars seul à la Macheferrière chercher des renseignements et renouvèle nos provisions au cas où l'on serait obligé de revenir au bourg; rendu à la maison je constate qu'il n'y a pas eu de dégâts quoique les obus soient tombés tout autour, les murs sont éraflée par les éclats, la maison ainsi que les servitudes n'ont pas été ouvertes. Au moment de repartir un coup de feu ayant été tiré, je vois les Américains se déployer en tirailleurs et avancer par bonds en direction de chez moi, j'attends, et quand ils arrivent dans la cour, je leur fait visiter la maison de la cave au grenier, ensuite nous trinquons et fumons le tabac blond. Lucienne qui était restée chez CRO OHET avec Lulu inquiète de ne pas me voir revenir arrivent et comme le calme persiste nous décidons de rester chez nous. L'après-midi a été calme, nous montons à FREMUR voir les dégâts et les troupes américaines cantonnées dans le village et au château de Vendôme, d'où nous ramenons notre ami blessé, qui avait été transporté à l'infirmerie américaine pour y être soigné.
Samedi 12 août
Matinée calme, repris le travail. Soirée, les batteries américaines tirent sur MURS, route de MURS à DENEE, route de CHOLET, vers Claye, les PONTS de CE, St Maurille et ERIGNE. Les Américains tirent sur la butte des Grands-Moulins près de DENEE Je suis allé au Port-Thibault et chez DABEL à la Roche pour avoir des nouvelles de la Vallée. On ignorait à ce moment que toute la Vallée de la Loire était évacuée, les Jubeaux depuis 16 H. J'apprends que M. ROUSSEL et le père BURGEVIN ont passé dans l'Ile pour aller chercher leurs bateaux, mais ne sont pas revenus, la rive gauche étant toujours occupée par les Allemands.
Dimanche 13 août
Nuit du samedi 12 au Dimanche 13, couché dans nos lits, vers 1 heure les batteries allemandes tirent sur la plaine de Ste GEMMES, nous passons le reste de la nuit dans le cellier à BRENUGAT, sous notre maison. Deux obus sont tombés dans la grande allée de l'Hôpital. Dimanche, matinée calme, vers 12 H. les batteries américaines de la BAUMETTE tirent sur les PONTS de cé. Après-midi assez calme.
Lundi 14 août
Nuit de dimanche à lundi, couchés à la cave, nous continuerons à coucher à la cave jusqu'au vendredi I Septembre, au cours de cette nuit les batteries allemandes ont commencé le tir vers 1 H du matin, les batteries américaines ont riposté jusqu'au matin; journée calme.
Mardi 15 août
Nuit de lundi à mardi, les batteries allemandes tirent toute la nuit par intermittence, les Américains ne répondent pas. Le tir des Allemands à été un peu dispersé, un obus sur la grève en face l'Hôpital d'autres sur la campagne, jusqu'à ANGERS. Journée assez calme, escarmouches d'avant-postes au-dessus de la Loire. Pendant toutes ces journées nous ne voyons aucun avion, à part celui qui surveillait le terrain pendant l'avance des troupes, Le contraste était grand vis à vis des semaines précédentes ou tous les jours les ponts et voies de communication des environs étaient bombardées. Dans les nuits du 10 au 11 et du 11 au 12 Août il est passé des vagues d'avions pendant 20 à 30 minutes comme jamais nous ne l'avions vu jusqu'ici, on a parlé de troupes aéroportées ou de munitions.
Les équipements militaire, fusils, grenades, masques à gaz, bandes de mitrailleuse, etc,, jonchent les fossés.
Nous avons appris hier 14, que toute la vallée avait été évacuée par ordre des Allemands, depuis le samedi 13 dans l'après- midi. Nous ignorons pour quelle destination et nous nous demandons ce qu'ils ont pu emporter, ce que vont devenir les maisons livrées au pillage. Nous avons 2 barriques de vin rouge et une demie barrique de Noah en cave que je considère perdues. Nous n'avons aucune nouvelle de ce qui se passe sur la rive gauche, l'évacuation doit être réelle car nous n'entendons aucun des bruits familiers ordinaires, bruit de charrette, aboiement de chien, etc.
Les deux semaines qui ont précédé l'arrivée des Américains avaient été très dures pour les ponts et objectifs militaires. Le pont du Chemin de Fer de BOUCHEMAINE ainsi que celui des PONTS de CE, de l'Alleud avaient été atteints, plusieurs attaques de train de munitions à la POINTE, c'était des bombardements journaliers sur notre région.
Le tir de l'artillerie américaine des 9 et IO Août avait détruit plusieurs maisons dans le vallon entre la crête de FREMUR et ANGERS, " les Quintes " au départ des Allemands ceux-ci ont mis le feu à beaucoup d'autres, on parle de I7 fermes incendiées, y compris chez Francine, chemin de Salpinte, toute la maison d'habitation, hormis les servitudes.
Mercredi 16 août
Nuit de mardi à mercredi, les batteries Américaines d'ANGERS commencent à tirer à 21 H, les Allemands ne répondent pas. Au milieu de la nuit les Allemands tirent sur le vallon de Ste Gemmes. Dans la journée vers II H. les batteries allemandes tirent sur EMPIRE. 18 H 30 les Américains tirent sur le Grand-Port, Port-Gaurion, Levée de St JEAN de la CROIX.
Jeudi 17 août
Nuit de mercredi à Jeudi, les Allemands ont tiré une dizaine d'obus dans le courant de la nuit, plusieurs sont tombés dans l'Hôpital, dans le poulailler, tuant quelques volailles, et dans les dépendances de la ferme. Escarmouches dans l'Ile aux Chevaux. Matinée du 17, violent tir des batteries américaines sur l'Ile et la levée de St JEAN de la CROIX, du Grand Port au Bois-Bourreau. 15 H 30, Riposte allemande à la mitrailleuse, objectif le clocher de Ste GEMMES, les balles incendiaires vont s'abattre jusque chez Louis CROCHET, et mettent le feu au tas de gerbes, dans la cour de la ferme, ainsi qu'au fourrage sous un hangar métallique, seuls les bâtiments sont préservés. Ce sont les pompiers de l'Hôpital qui ont com-battu l'incendie, ils ont été récompensés par Louis CROCHET, pour leur courage et leur belle conduite (2.000 Frs).
Vendredi 18 août
Nuit de Jeudi à Vendredi, les batteries Allemandes tirent une partie de la nuit sur FREMUR et les environs. Matinée relativement calme. 13 H les batteries Américaines de TRELAZE tirent sur le clocher de St MAURILLE des PONTS de CE fusants et percutants environnent le clocher, par salves, l'endommageant sérieusement (il s'est abattu depuis, le 1er ou le 2 Septembre). Après-midi, les Allemands tirent sur les Grillers, un obus tombe dans l'Hôpital sur la terrasse, au bout du bâtiment de la 4 Division Hommes, d'autres dans la vigne, champ de la Garenne. 21 H, les batteries américaines d'ANGERS tirent sur la Vallée de St JEAN vers les JUBEAUX.
Samedi 19 août
Nuit de vendredi à Samedi, les batteries allemandes tirent sur la région de Ste GEMMES, le Hutreau, le Port-Thibault, la Macheferrière. Dans la matinée au cours d'un tir de l'artillerie allemande, le tir ayant débuté derrière le Port-Thibault s'est allongé progressivement pour arriver aux environ de la Macheferrière, un obus est tombé à environ 30 mètres du hangar. Après-midi, les Américains tirent sur St Maurille des PONTS de CE, les Allemands tirent sur Empiré.
Dimanche 20 août
Nuit de Samedi à Dimanche, les Allemands tirent sur les batteries américaines de TRELATE; le ciel est en feu en direction de SAUMUR, 6 H. du matin les Allemands tirent toujours. Dans la matinée les Allemands tirent sur Empiré, les Américains sur les PONTS de CE, la batterie américaine d'ANGERS, direction la Baumette, tire à 12 H 30 sur DENEE. On entend un bourdonnement au lointain, direction de CHEMILLE, CHOLET, on suppose un bombardement aérien. Après-midi, violent tir de barrage de l'artillerie allemande sur le carrefour des routes de La PYRAMIDE et d'ANGERS, à la suite duquel environ 500 Allemands ont réussi à prendre pied dans l'Ile St Aubin, en passant en amont du pont du Chemin de Fer et de la tête de l'Ile aux Chevaux, neutralisant le petit poste américain du pont Dumnacus, au cours de ce coup de main, les Allemands ont placés une quantité de mines sur le pont de la Vieille Loire et autour de l'Usine des Eaux qu'ils n'ont pas eu le temps d'enterrer, environ 130 civils furent emmenés à St Maurille ainsi que 3 gendarmes, au cours de la contre-attaque américaine qui a suivi, les civils ont servis de paravent pour couvrir la retraite des Allemands, après avoir passé la nuit dans une grange suivant l'ordre reçu, ils ont pu regagner LFS PONTS de CE, en passant la LOIRE en face de BELLE-POULE. Pendant leur courte captivité, ils ont eu à subir de mauvais traitement, mais n'ont eu pour tout mal, qu'un blessé.
Lundi 21 août
Nuit de Dimanche à Lundi, les batteries allemandes tirent sur le carrefour des PONTS de CE, route de la PYRAMIDE, les mortiers américains ripostent jusqu'à 8 H du matin. Matinée, les Américains tirent sur la vallée de ST JEAN et les PONTS de CE, St Maurille. Après- midi calme, soirée, les Américains tirent sur les PONTS de CE, l'ILE GEMME, quartier de la gare, et levée de ST JEAN de la CROIX.
Mardi 22 août
Nuit de Lundi à Mardi, toute la nuit duel d'artillerie, les Allemands tirent sur le vallon de Ste GEMMES et sur le bourg, des obus sont tombés chez le Dr TOYE, sur le mur de clôture en face la grille de l'hôpital, devant la maison du docteur, plusieurs dans la cité causant des dégâts matériels aux intérieurs, dans le champ de la CROIX, enfin un peu partout dans le bourg, chez ARNAUD crevant la toiture. Les Américains ont tiré sur la vallée jusqu'à 7 H du matin. Matinée calme. 13H les Allemands commencent à tirer sur la région de POUILLE, change leur tir progressivement et arrive à atteindre le bourg, le tir cesse à 15H. dégâts matériels; 16H quelques obus allemands tombent derrière le Port-Thibault vers la Saulaie. 20H les Américains tirent sur les PONTS de CE par salves.
Mercredi 23 août
Nuit de mardi à mercredi relativement calme tir de harcèlement de part et d'autre. Matinée 8H les Américains tirent sur la vallée de MURS. 11H rafale d'artillerie allemande sur le bourg de St GEMMES des obus tombent un peu partout, sur le presbytère, sur le mur de la buanderie, dans le jardin bas près du château, sur la terrasse à la porte du salon du pensionnat des dames, cour du pensionnat, sous la galerie-promenade devant la porte de la salle à manger dégâts matériels seulement les malades avaient été rentrées quelques secondes plus tôt.
13H les batteries américaines tirent sur la vallée depuis les PONTS de CE jusqu'aux JUBEAUX la route de St JEAN et de DENEE ( objectif même tir).
Jeudi 24 août
Nuit de mercredi à jeudi, relativement calme, les Américains tirent sur la région de MURS, MOZE. Matinée, les Américains tirent sur la Vallée à 10H, à 12H, et à 13H sur les PONTS de CE et la vallée de MURS, à 17H30 même tir sur le même objectif, à 18H sur la route de MURS derrière la colonne des Républicains.
J'apprends ce jour, officiellement, que toute la vallée est évacuée, les JUBEAUX à RABLAY, St JEAN de la CROIX à GONNORD et JOUE-ETIAU Les bourgs de DENEE, MURS, ROCHEFORT sur LOIRE sont évacués également.
Vendredi 25 août
Nuit de Jeudi à Vendredi, assez calme; tir de harcèlement des Américains à 5H, les Allemands répondent sur le bourg de Ste GEMMES, un blessé Mr CHAMPRONNEAU. Matinée où les Américains tirent sur MURS et la vallée, 11H les mortiers américains du bourg tirent à leur tour, 11H30 tir américain sur ERIGNE, 12H30 riposte allemande rafale d' obus sur le bourg et l'hôpital, point de chute cour de la 20 division des fermes, jardin devant la ferme, poulailler et un peu partout dans le bourg le tir s'allonge, ensuite pour s'en aller sur la campagne. BOLZEC employé à la ferme est légèrement blessé. Soirée l'artillerie à longue portée américaine tire sur la région de ROCHEFORT sur LOIRE ou CHALONNES.
Samedi 26 août
Nuit de Vendredi à Samedi, tir de harcèlement des Américains, faible riposte de la part des Allemands
Matinée, 9 heures, l'artillerie américaine à longue portée tire en direction de MURS, route de Cholet, 10 H. les Allemands ripostent avec objectif le bourg, quartier, de l'Eglise et l'Hôpital, plusieurs obus tombent à la 5° Division des Femmes, causant des dégâts matériels dans les bâtiments. 15 H. violent tir de l'artillerie américaine sur les PONTS de CE et plus à l'est région JUIGNE sur LOIRE. Soirée, les Américains tirent sur la vallée de DENEE en face LA POINTE. On apprend que 5 personnes, 3 hommes et 2 femmes ont passé la LOIRE en bateau de LA POINTÉ à la Herrière, malgré l'assurance donnée par le Maire de BOUCHEMAINE aux autorités américaines que personne ne prendrait les bateaux amarrés à LA POINTE pour passer dans la vallée occupée par les Allemands, ce n'est qu'à cette condition que les bateaux de LA POINTE n'avaient pas été coulés. Devant le fait accompli, le Maire prévint les autorités militaires américaines, lesquelles voyant cela donnèrent l'ordre de tirer sur les bateaux de la rive gauche. Ce tir a endommagé plusieurs maisons situées près de la rive, celle à Félix MANCEAU, à Laurent CHAUVEAUet à Louis BOUTIN. Les Allemands ripostent et tirent sur l'Hôpital, pavillon du Pensionnat Agités des Hommes, dégâts matériels seulement, le tir s'allonge en passant par les Grillers et autour de Chez TUAL et BREGEON.
Dimanche 27 août
Nuit de samedi à dimanche, l'artillerie américaine à longue portée a tiré toute la nuit sur la vallée, en direction de MURS ou MOZE. Matinée calme. 12 heures, l'artillerie américaine tire sur ERIGNE ensuite sur la vallée de DENEE en face LA POINTE, 14 H. les Américains tirent encore sur la vallée. 19 H 30, les Allemands tirent sur le bourg de Ste GEMMES une vingtaine d'obus dont une dizaine n'ont pas éclaté, points de chute, route d'ANGERS, carrefour ARNAUD, chambre mortuaire de l'Hôpital.
Lundi 28 août
Nuit de Dimanche à Lundi, les Américains ont tiré par intermittence, toute la nuit, Matinée, calme, les Américains tirent de temps à autre sur la vallée, route de St JEAN de la CROIX, la Gopardière, Bois-Bourreau, le Grand-Port, fusants et percutants. 14 H. Les batteries américaines à longue portée tirent toujours sur les mêmes objectifs, tir de harcèlement. Soirée calme.
Mardi 29 août
Nuit de lundi à Mardi calme, Matinée relativement calme, échange d'obus de part et d'autre, Allemands sur le bourg, Américains sur la vallée. 17 heures, les Américains tirent sur les PONTS de CE route d'ANGERS en éventail, vallon de Ste GEMMES, le Hutreau, route de Frémur. 21 H. Violente explosion en direction d'ANGERS, une chambre pleine de munitions a fait explosion au quartier d'Espagne, accident due à l'imprudence de jeunes F.F.I
Mercredi 30 août
Nuit de mardi à mercredi calme, quelques tirs d'artillerie de part et d'autre. Entre 2 H. et 3H. violentes explosions. On a appris depuis que ces explosions étaient probablement causées par la destruction des ponts sur le Louet, particulièrement le Pont du Port qui tremble aux Jubeaux. Matinée, les Américains tirent avec les pièces à longue portée, sur la route de Cholet en direction de MOZE, après-midi calme.
Jeudi 31 août
Nuit de mercredi à jeudi calme. Matinée, 9H. Les Américains tirent sur St JEAN de LA CROIX; les habitants qui ont réintégré ont été pris pour des Allemands, le tir a été arrêté après 7 à 8 obus par les Américains de La Roche qui ont donné un coup de fil à la batterie, dégâts matériels à St JEAN. C'est seule ment aujourd'hui que l'on a la certitude que les Allemands ont évacué la rive gauche de la Loire, ils se sont retirés en direction de DOUE LA FONTAINE et SAUMUR.
Vendredi 1er septembre
Nuit de Jeudi à Vendredi calme. Vendredi, malgré l'interdiction de traverser la LOIRE, les gens passent sans interruption d'une rive à l'autre par batelées complètes chez DABEL à LA ROCHE; habitants d'ANGERS allant voir à leur maison de campagne dans la vallée, habitants du Choletais venant voir leur famille à ANGERS. Beaucoup d'Angevins réfugiés sur la rive gauche de la LOIRE après les bombardements d'ANGERS avaient été surpris au moment de l'avance américaine et obligés d'évacuer avec les habitants vers BEAULIEU, RABLAY, LE CHAMP etc…Ils reviennent à ANGERS, c'est un va et vient continu, dans les journées qui suivront on comptera jusqu'à six et sept passeurs qui font la navette d'une rive à l'autre sans arrêt, des milliers de personnes sont passées ainsi. Le passage par LES PONTS de CE restant interdit pendant une huitaine de jours, les routes et maisons étant minées. Vendredi soir, je suis parti à St JEAN et les Jubeaux voulant me rendre compte des dégâts. J'apprends que la famille est réfugiée à BEAULIEU où ils ont été très bien reçus et nourris par le Centre d'Accueil. A St Jean quelques maisons ont reçu des obus dans les murs ou dans les toits qui sont crevés, les points de chute s'étendent de St JEAN aux Jubeaux un peu partout. La maison de Félix MANCEAU, le passeur de construction récente est bien abimée, les murs seulement et ouvertures, pas de dégâts au toit. Notre vigne située à côté a reçu plusieurs obus, une douzaine de souches sont abimées. A la Herrière, les servitudes de la Maison à Louis BOUTIN ont reçu quelques obus, dégâts au toitures, la maison à Auguste DOLBEAU, occupée par Aimé MAREAU a été complètement détruite par le feu, des obus sont tombés autour de la maison à René CESBRON, sur la route allant aux Aireaux, dans les champs environnants, autour des maisons du village des Aireaux, derrière la ferme du Rivage en face chez Madeleine etc. Deux autos allemandes sont incendiées près le village des Jubeaux, elles ont brulé au moment où elle se croisaient, est-ce un avion qui les a mitraillées ? Vendredi soir, la famille n'a pas réintégré, ceux qui sont rentrés l'on fait à leur risque et péril car un champ de mines très compact existe sur les rives de chaque côté du Pont du Port qui Tremble. Félix MANCEAU s'est fait blesser à la face par l'éclatement de l'une d'elle, les plus terribles sont celles posées sur la grève, où l'on ne peut déceler leur présence. D'autres dans l'herbe vont devenir dangereuses car l'herbe en repoussant va cacher l'emplacement. Plusieurs vaches ont été blessées en allant à l'abreuvoir et ont été abattues.
Les maisons n'ont pas trop souffert chez mon père, à part le pillage que l'on ne pourra évaluer que plus tard, il apparait d'ores et déjà que tout ce qui est bijoux, ayant une valeur et peu encombrant a été emporté, les vélos sont restés, la porte en chêne ayant résisté. Les ustensiles de ménage ont servi, quelques-uns ont été employés à un usage tout autre que celui auquel ils sont destinés. La cave située aux Jubeaux près du Café CHAUVEAU, n'a pas été visitée, faut-il mettre cela sur le compte du peu d'apparence de la vieille maison ou sur la proximité de la cave du café y attenant qui a été vidée de tout le vin de bouteille exception faite du rosé et du vin ordinaire. Nous avions en cave 2 barriques 1/2 de vin rouge et 1/2 barrique de Noah. Dans la maison de chez mon père ainsi que chez Madeleine, comme partout ailleurs, tous les tiroirs ont été fouillés, mais la bonbonne d'eau-de-vie qui était derrière un meuble n'a pas été touchée.
Samedi 2 septembre
Nous apprenons aujourd'hui à la radio que ARRAS est libéré.
Dans la ville des PONTS de CE, les immeubles ont eu beaucoup à souffrir, soit du fait du bombardement par l'artillerie, soit au moment de la destruction des ponts. Les dégâts sont considérables dans le quartier St MAURILLE, rive gauche où les Allemands étaient retranchés. Le service de déminage a du procéder maison par maison, beaucoup d'imprudents ont laissé leur vie, les mines étaient d’ailleurs camouflées un peu partout, dans une boite de conserve, parmi d'autres, dans un casque de pompier, dans un clairon, dans un tiroir, dans un sommier, sous un fauteuil etc. A ERIGNE sept à huit personnes ont été tuées ou blessées sur le trottoir, l'une d'elle ayant trébuché dans un fil qui trainait à terre.
Il y a eu également beaucoup de victimes civiles, par fusillade, sur la rive gauche de la LOIRE, après l'arrivée des Américains à ANGERS. On compte cing victimes à DENEE, dont plusieurs jeunes gens. D'une façon générale les dégâts se limitent aux rives de la LOIRE, au voisinage des ponts, quelques faits isolés, plus on va vers la campagne éloignée à part des points stratégiques et moins on s'aperçoit que la guerre a passé. Quelques dégâts ont été causés par le mitraillage des convois sur les routes et même des voitures isolées, quelques imprudents ont été tués sur leur camion.
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