
« Episodes de la Libération d’Angers » : une publication d’après-guerre
L’Imprimerie moderne, installée rue Saint-Maurille à Angers avait publié après-guerre, à titre d’édition privée, les « Episodes de la Libération d’Angers », sous-titrés « Passage de la Maine, combats de Pruniers et de la Baumette, 8-9-10 août 1944. En dix pages, voici le récit de ces trois jours de combats entre fantassins, artillerie, blindés (américains) et même intevention de l’US Air Force. Le récit commence par la situation avant le début des combats. Le 6 août dans l’après-midi, une centaine de SS sous les ordres d’un capitaine et de deux lieutenants arrivent en camion à Châteaubriant, venant de La Rochelle………
EPISODES DE LA LIBERATION D’ANGERS
Passage de la Maine. Combats de Pruniers et de la Baumette
8 9 10 Août 1944
IMPRIMERIE MODERNE, 3 et 6 Rue St-Maurille, Angers
EDITION PRIVÉE
II. - Combat de Pruniers, mardi 8 Août
Nous avions, laissé les avant-gardes américaines partant le 8 août à 11 heures du carrefour de la Roche en direction de Pruniers.
Voici ce qui se passait à Pruniers, d'après ce qu'a bien voulu nous communiquer M. J. G..., propriétaire du Prieuré de Beaumont :
« Le dimanche 6 août, outre les rares soldats allemands qui circulaient dans le village, une centaine d'hommes, venant probablement de Châteaubriant par le pont du petit chemin de fer, étaient arrivés dans la charmille, sur la crête du coteau dominant la rive droite de la Maine, à 300 mètres du Prieuré, près du pavillon du Docteur Boquel. Ils s'étaient aussitôt mis à creuser des tranchées pour la défense de la tête du petit pont sur la rive droite. A cause de la chaleur et suivant «
M. G... avait bien recommandé de ne pas les laisser pénétrer dans la maison dont l'épaisseur des murs les aurait incités à s'y établir solidement. Le lundi 7 août, le petit poste allemand sur la route en direction d'Angers ne laisse plus passer personne. Une sentinelle est détachée sur la place du village.
Vers 17 heures, trois coups de canon sont tirés par les pièces en batterie près du vélodrome. On aperçoit très bien à la lorgnette la fumée qui sort des pièces. Les explosions d'arrivée sont entendues immédiate- ment après en direction de La Roche, route de Nantes, puis le calme revient et persistera toute la soirée et la nuit suivante.
Le mardi 8 août, vers 6 heures, dans le lointain, en direction de Bouchemaine, fusillade intermittente mêlée de crépitements de mitrailleuses, qui cesse vers midi.
Auprès du pavillon du Docteur Boquel, les soldats continuent à creuser activement leurs tranchées. La veille, un de leurs officiers était venu réquisitionner le fermier de Beaumont avec sa voiture pour aller chercher des mines antichars, qui ont été retrouvées après le combat, fort heureusement, non amorcées.
Dans l'après-midi, le calme est absolu. Les Allemands viennent souvent prendre de l'eau à la cuisine du Prieuré; ils ont couvert leurs casques de branchages verts.
<< Tout à coup, il est 15 heures, une voix sur la route, longeant le mur: « Les Américains ! ». Ce sont eux, en effet, qui débouchent du chemin de la Roche, d'un pas souple, en se dissimulant derrière les angles des murs et arrivent jusqu'à la place de l'Eglise, sur la route d'Angers à Bouchemaine. >>
M. G... les fait entrer silencieusement par la petite porte du Prieuré et leur indiqué où se trouvent les Allemands.
Le jardinier, M. B..., les conduit sur les jardins en terrasse, d'où à l'abri d'un petit mur, ils peuvent apercevoir les ennemis occupés à creuser leurs tranchées à 300 mètres de là. Un des Américains les observe avec sa jumelle posée sur la murette.
Quelques minutes s'écoulent et un char américain sortant de la ferme contiguë de Beaumont, apparaît à 20 mètres devant les jardins. Les mitrailleuses américaines ouvrent le feu. Quelques grenades éclatent près du pavillon du Docteur Boquel. Les fantassins américains quittent leur abri des murs du Prieuré et s'avancent vers la charmille.
La surprise est complète. Trois chars, suivis de soldats à pied, eurent vite fait de nettoyer tout le coteau de Beaumont.
A 16 heures, tout était fini. De la centaine d'Allemands qui se trouvaient sur la rive droite de la Maine, une vingtaine seulement avait pu se sauver par le pont, tous les autres étaient tués, blessés ou prisonniers.
Dès son arrivée au Prieuré, une heure après, M. Louis Bordier annonce que les quatre sapeurs chargés de faire sauter le pont, n'avaient pu s'acquitter de leur mission, tant le coup de main avait été mené avec vigueur et rapidité.
A partir de 17 heures, le petit bourg de Pruniers connaît une grande animation. Les blessés américains et allemands sont amenés au poste de secours installé chez Mme de C...
Les prisonniers arrivent et parmi eux, l'officier qui avait réquisitionné le fermier et sa voiture.
Deux cents Américains et un Etat-Major s'installent au rez-de- chaussée du Prieuré.
Ce récit si animé a été confirmé et complété par les détails fournis par M. P..., de la ferme de Beaumont, touchant le mur du Prieuré. A 15 heures, il a vu entrer dans la cour de sa ferme par la porte s'ouvrant sur la place de Pruniers, trois chars légers armés d'un canon de 37 mm. et de deux mitrailleuses. Ils ressortent aussitôt par le portail opposé en face de la charmille. Deux s'avancent vers le pavillon du Docteur Boquel, le troisième reste en observation à l'angle du mur de la ferme. Ils tirent sur le pont qu'ils prennent en enfilade, tandis qu'une cinquantaine de soldats, suivant les chars, s'emparaient à la grenade, du pavillon et de la tête du pont.

Pendant que ces chars fonçaient droit sur le pont, d'autres fantassins américains s'infiltraient le long de la ligne du petit chemin de fer de Candé et arrivaient vers 15 h. 30 à la ferme de la Chauffinière, dépendance de Monplaisir, la propriété du Docteur Monprofit. La fermière, Mme B..., qui, depuis deux jours, voyait les allemands occupés à faire des tranchées, avait aperçu, à 15 heures, l'auto-mitrailleuse américaine s'avancer en tirant sur le pavillon du Docteur Boquel. Elle vit les soldats allemands refluer vers le pont qu'une vingtaine franchirent tandis que les autres étaient ramenés sur le coteau par leurs chefs.
Les soldats américains demandèrent à Mme B... où étaient exactement les Allemands qu'ils croyaient dans le parc de Monplaisir. Elle leur montra, de la main, la position qu'ils occupaient autour de la tranchée du chemin de fer et leur conseilla de contourner le parc par le sud pour atteindre le chemin de halage et rabattre les ennemis sur l'entrée du pont, ce qu'ils firent. .:
Parvenus au bord de l'eau, ils mitraillèrent le pont en interdisant le passage aux combattants restés sur la rive droite et ils en occupèrent bientôt l'entrée. Ils traversèrent la Maine, le même jour, entre 16 et 17 heures, et s'établirent sur la rive droite.
La ferme de la Chauffinière ayant été repérée vers 16 heures par l'artillerie allemande, les obus commencèrent à s'abattre sur les bâtiments. Mme B... et sa famille, dont trois enfants, s'enfuirent par un trou pratiqué dans le mur de l'étable.
Dans la soirée, malgré un wagon qui avait été renversé en travers de la voie, le dimanche précédent, pour fermer l'entrée du pont du côté de Pruniers, les sapeurs américains commencèrent à enlever les rails de la ligne depuis la route jusqu'au pont à l'aide d'une machine spéciale. Ils posèrent ensuite des madriers sur les rails du pont pour permettre le passage des chars.
L'opération si importante du passage de la Maine par les soldats américains, le mardi après-midi, a été confirmée par d'autres témoignages de personnes placées de l'autre côté de la Maine, et à Angers, où vers 16 heures, une personne qui était à la Kommandantur, assista à une scène de fureur du chef de combat, à qui son adjoint venait rendre compte de la traversée de la Maine par les Américains.
- III, Combats de la Baumette (8, 9, 10 Août)
Mardi 8 août. Depuis deux jours sur la rive gauche de la Maine, les S.S. se préparaient au combat. Dès 6 heures du matin, des observateurs armés, le casque couvert de verdure, étaient montés sur les petits pavillons d'entrée de la propriété de Châteaubriant et sur la tour de la Baumette. Des patrouilles parcouraient les prés bas, fusil ou mitraillette à la main, grenades à la ceinture.
Vers 16 heures, les propriétaires de Châteaubriant, M. et Mme C..., tentèrent de pénétrer dans la maison. Au portail d'entrée, des sentinelles en armes leur en interdisent l'accès. La cour d'honneur est barrée en diagonale par une chaîne sur laquelle un écriteau portant l'inscription : «< Attention, à partir d'ici on est en vue de l'ennemi ». M. C... s'avance jusqu'à la porte de la maison et demande à parler à un officier qui tra versait à ce moment le vestibule en dictant à haute voir un message au téléphoniste : « Il y a des hommes sur le pont », puis il se détourne et s'éloigne, disant : « Je n'ai pas le temps ». Il est probable que les hommes dont il parlait étaient les premiers soldats américains qui passaient le pont.
Quelques minutes plus tard, la batterie allemande ouvre le feu sur Pruniers et Bouchemaine; les pièces américaines, du coteau de Pruniers, arrosent la rive gauche de projectiles dont quelques-uns viennent tomber près des fermes de la Baumette (ferme de la Bigeottière à M. Cl..., et ferme des Herbault).
A la même heure, on voit un char américain descendre du bouquet de bois de Beaumont et se placer à l'entrée du pont du chemin de fer, coupant la retraite aux soldats ennemis restés sur la rive droite. Les groupes. de tirailleurs allemands répandus dans les prés bas de la rive gauche, depuis le polygone du Génie jusqu'à Empiré et au pont suspendu de Bouchemaine, ripostent. Un canon antichar posté à l'angle du chemin haut de la Baumette et du chemin descendant vers la ferme des Herbault, tire sur les Américains qu'on apercevait sur le pont de Pruniers.
Une grosse pluie d'orage se mit à tomber.
De 17 à 21 heures, la canonnade et la fusillade continuèrent violentes; légères accalmies pendant la nuit. Les cultivateurs des fermes de la Baumette s'étaient réfugiés avec leurs familles dans les caves, en particulier à la ferme du Chaussy, où ils étaient 32, hommes, femmes et enfants attendant anxieusement la fin de la lutte.
Restée courageusement avec sa nombreuse famille dans sa maison du Grand Belligan, Mme P. J., qui était bien placée pour suivre toutes les péripéties de l'attaque et de la défense du pont du chemin de fer de Pruniers, a bien voulu nous communiquer quelques pages de son journal, dans lequel elle a noté avec un sang-froid admirable, les faits qu'elle a observés et les événements qu'elle a vécus dans les heures tragiques où elle s'est trouvée en plein combat.
Voici les principaux extraits de ce journal :
« Le mardi 8 août, dans la matinée, vers 10 heures 15, un groupe « d'une dizaine de soldats allemands et polonais, avec des camions de munitions traînant deux canons antichars, viennent installer leurs pièces en avant de la ferme des Noëlles (M. P..., fermier). Les camions de munitions et quatre hommes vont se cacher dans la cour du Grand Belligan et se camouflent avec force branchages. Vers midi, ils se replient « derrière le talus du chemin de fer d'Angers à Nantes; les pièces antichars restent en place.
« Vers 14 h. 15, écrit Mme J... (mais sans doute un peu plus tard), on aperçoit les sapeurs allemands occupés à miner le pont de Pruniers s'aplatir et ramper pour échapper au tir de mitrailleuses d'éléments avancés américains. Ils se replient sur la rive gauche de la Maine.
Les deux canons de la ferme des Noëlles entrent en action.
« A 16 h. 30, on voit un char américain sortir du petit bois de Beaumont et s'arrêter à environ 300 mètres de l'entrée du pont; il tire sans arrêt sur les deux pièces antichars de la ferme des Noëlles. Un second char débouche de la haie de Beaumont et arrose lui aussi de ses projectiles les mêmes pièces qui sont bientôt mises hors de combat (vers 17 h45).
<< Un peu plus tard, des pièces américaines plus lourdes, en batterie sur les hauteurs de Pruniers, se mettent à tirer. Les obus tombent autour du Grand Belligan. Les mitrailleuses allemandes cachées dans les prés entre Belligan et le remblai du petit chemin de fer entrent en action et vont tirer sans arrêt jusqu'au petit jour. Ces groupes de soldats, ils ne « sont qu'une poignée d'hommes, se défendent énergiquement. Les Américains répondent en arrosant de projectiles fusants les trous dans lesquels ils sont abrités.
« Au soir de cette journée, les habitants des fermes voisines s'étaient réfugiés dans la cave du Grand Belligan : 49 personnes dont 26 enfants, de 6 mois à 15 ans, s'y trouvaient réunies. Il fut décidé que les hommes prendraient la garde en surveillance, relevés toutes les deux heures pendant la nuit.
<< A plusieurs reprises, dans la soirée, des Allemands montent dans la tour de la maison, côté de la Maine, pour observer les positions américaines sur la butte de Pruniers.
<< Pendant la nuit, c'est de 2 h. 30 à 4 h. 30 que la fusillade fût la plus violente : les mitrailleuses allemandes tiraient sur Pruniers tandis « Nous attendons anxieux dans le bruit infernal des mitrailleuses. >>
Mercredi 9 août.
Si le mardi avait été le jour de la surprise de Pruniers et de l'occupation du pont du petit chemin de fer, le mercredi fût la journée du combat le plus vif au débouché du pont sur la rive gauche de la Maine, dans les prés bas et sur la butte de la Baumette, la Croix-Verte et Frémur.
« A 6 h. 15, écrit Mme J..., bruit de voix à la porte de notre cave, nous pensons que ce sont des Allemands. Coups dans la porte, M. Paul « J... l'ouvre, il se trouve en face de six soldats; l'un d'eux lui place un « gros revolver sous le nez en lui disant « boche », minute d'incompréhension. M. J... lui crie « Américains » ? Il répond « Ja », quel soulagement ! Il nous demandait s'il y avait des boches dans la maison. « C'était un jeune lieutenant de la III armée commandant une compagnie. Il nous expliqua ensuite qu'ils avaient traversé la Maine, au petit jour, en canots pneumatiques, en face de Belligan. Leur premier retranchement fût le fossé de la prairie, le long du chemin, dit du Roi, puis le long de l'allée principale où ils avaient creusé une soixantaine de trous individuels. Ils établirent une troisième ligne d'abris dans le potager pour tirer sur le remblai de la ligne de chemin de fer d'Angers à Nantes et sur le château et le parc du Fresnes.
Toute la journée, d'importants renforts passèrent par le pont de Pruniers, mais c'est surtout dans la nuit et le lendemain que de nombreux chars et véhicules franchirent la Maine.
<< Durant toute cette journée du 9, le Belligan reçut la visite de plusieurs nouvelles compagnies, chacune croyant être la première et recommençant la scène du « boche » et du revolver sous le nez. Un soldat américain rapporte que, la nuit précédente, un Allemand avait tenté, à nouveau, de faire sauter le pont de Pruniers, qu'il avait rampé pour disposer des cartouches d'explosif, mais qu'il avait été abattu par une sentinelle. Ce ne fût pas la seule tentative que firent les Allemands pour détruire le pont ».
Au témoignage de Mme G... et de son fils, habitant la maison dite Villa des Roses », en bordure des prés bas, un groupe de cinq hommes essaya, vers midi, de se glisser dans la prairie le long de la rive gauche de la Maine. Ils furent pris sous le feu des mitrailleuses américaines; deux furent tués, deux autres blessés et le cinquième se rendit.
«Toute la journée fût une journée d'alarme pour les habitants du « Belligan. Les Allemands étaient retranchés dans les parcs du château du Fresne, de Valdemaine et de Châteaubriant et dans les fermes voisines, jusqu'à Follière. Les Américains n'occupaient qu'une tête de pont ne dépassant pas au sud le Clos l'Oreille. De notre grenier, nous « vîmes très bien, l'après-midi, la prise du parc du Fresne par les Américains. A un certain moment, on aperçut au centre de la grande pelouse, un soldat allemand blessé et les infirmiers qui venaient le relever. Les « Américains qui étaient en embuscade autour des murs du parc cessèrent le feu pour laisser évacuer le blessé, puis le combat reprit et les Américains s'emparèrent du Fresne.
« Dans la soirée, la ferme contiguë au Grand Belligan était pleine de soldats américains qui tiraient sur les ennemis retranchés à 200 mètres sur le remblai de la voie ferrée Angers-Nantes. Le petit Nourry, fils du fermier, âgé de 13 ans, fut tué d'une balle en plein cœur.
Dans la matinée, les patrouilles américaines avaient atteint la ferme des Noëlles où étaient abritées 22 personnes, et le Clos l'Oreille. A midi, elles se trouvaient aux abords de Valdemaine.
Cependant, les Allemands tenaient toujours la butte de la Baumette, la ferme des Herbault et la propriété de Châteaubriant, où vers 15 heures, ils mirent le feu à un bâtiment comprenant le logement du jardinier, l'écurie pleine de foin et la sellerie, et ils s'opposèrent à ce que le jardinier (M. Auguste O...) ne vienne rien sauver de son mobilier.
A la ferme des Herbault, ils avaient monté dans le grenier de l'étable une mitrailleuse qui tirait par une petite fenêtre sur le débouché du pont de Pruniers. L'artillerie américaine riposta et plusieurs obus pénétrèrent dans la maison d'habitation du fermier (M. René P...), dans le cellier et au coin du bâtiment.
Vers 17 heures, les Boches, en se retirant, mirent le feu à l'étable qui fut entièrement consumée avec les animaux qui s'y trouvaient. Il n'en resta que les murs calcinés.
Un ou deux éclaireurs américains qui avaient probablement traversé la Maine en canot pneumatique, s'étaient glissés jusqu'à la ferme du Chaussy, puis s'étaient retirés. Les Boches qui les avaient aperçus, firent irruption, vers 17 heures, dans cette ferme, où se trouvaient abrités, outre le fermier et sa famille, une quinzaine de cultivateurs du voisinage. Ivres de fureur, ils firent sortir les hommes, terrorisant les femmes et les enfants, les menaçant de leurs armes, s'ils ne leur livraient pas les « Tommies >> qui, prétendaient-ils, s'y trouvaient cachés. Une vieille grand'mère impotente, à demi-morte de peur, se traînait à leurs pieds en gémissant. Après avoir interrogé les hommes et fouillé les bâtiments, ils se retirèrent sans avoir exécuté leurs menaces.
Une scène semblable se passa dans la maison voisine, où la femme du propriétaire, Mme R..., en un geste suprême qui parût impressionner ces brutes, attesta sur le crucifix qu'aucun Tommie ne se trouvait dans la maison.
Toute la journée, l'artillerie américaine couvrait de ses obus les prés bas, le glacis s'étendant du pont de Pruniers au talus du chemin de fer Angers-Nantes, ainsi que les parcs et les châteaux du Fresne, de Valdemaine et de Châteaubriant, la tour de la Baumette, la tour Cheux qui fut en partie détruite, le donjon du Tremblay et le carrefour de la Croix- Verte où s'accrochaient les fantassins allemands soutenus par quelques pièces antichars.
La canonnade, et la fusillade continuèrent dans la soirée depuis la Baumette jusqu'à Empiré. Les cultivateurs de la Baumette et leurs familles (32 personnes) s'étaient réfugiés dans la cave de la ferme du Chaussy où ils passèrent une nuit d'angoisse.
Toutefois, les patrouilles américaines ne paraissent pas s'être avancées, ce jour-là, bien profondément au-delà du château du Fresnes, à l'exception d'un groupe de cinq hommes qui parvinrent vers 15 heures, dans une maison en haut du chemin de Frémur où ils restèrent jusqu'au lendemain 10 août.
Pendant la nuit, au milieu du sifflement des balles et des explosions des obus, on entend, surtout à partir de minuit, le roulement continu des véhicules et des chars qui passent sur le petit pont de Pruniers. Mme J... estime leur nombre à plusieurs centaines. Ces chars suivaient la ligne du petit chemin de fer pour atteindre la Croix-Verte et filer de là sur Frémur.
Jeudi 10 août.
Au matin, les Allemands, qui avaient été contraints d'évacuer dans la nuit Valdemaine et la propriété de Châteaubriant après un combat meurtrier qui s'était poursuivi jusque dans le château, abandonnaient aussi le donjon du Tremblay, où les propriétaires virent arriver les premiers soldats américains vers 6 heures.
Les Allemands s'étaient repliés sur les bâtiments du polygone du Génie où ils s'étaient retranchés. De là, leurs pièces antichars tiraient sur Châteaubriant et les fermes voisines.
Vers 15 heures, ils furent attaqués par des chars américains, deux s'avançant à travers les champs de la ferme de la Bigeottière, et deux longeant le chemin des Gillettes, qui ne purent les déloger. Le soir, les Américains firent évacuer les habitants des fermes de la Baumette en prévision du nettoyage du polygone ou de crainte d'une contre-attaque ennemie.
En face du Belligan, les tirailleurs allemands ne furent chassés du remblai du chemin de fer de Nantes que dans l'après-midi par une escadrille d'avions qui vint les mitrailler en piqué.
Le soir, les habitants des fermes se réunirent dans l'Abbaye de la Baumette; les femmes et les enfants couchèrent dans une grotte naturelle sous le rocher; les hommes à la belle étoile, dans le jardin, devant la grotte.
Toute la nuit, deux grosses pièces américaines placées sur la rive gauche devant la ferme des Tourelles et les batteries de la rive droite tirent sur le polygone.
Vendredi 11 août. Le lendemain matin, vendredi 11 août, vers 7 heures, des soldats américains vinrent avertir les fermiers qu'ils pouvaient rentrer chez eux, tout danger étant écarté. Les Allemands avaient été chassés du polygone pendant la nuit.
Le combat de la Baumette était terminé mais la lutte se poursuivait encore en direction des Ponts-de-Cé. Dans la nuit de jeudi au vendredi, le pont sur l'Authion avait sauté (à 1 heure du matin), le pont Dumnacus, une demi-heure après.
Le bourg de Sainte-Gemmes ne reçut les premiers Américains qu'à 8 heures. A 9 heures, une douzaine de chars se trouvaient près de là, à l'entrée des Ponts-de-Cé.
Bientôt, toute la rive droite de la Loire fut nettoyée, conformément aux plans de l'Etat-Major, mais les troupes américaines ne poursuivirent pas l'ennemi au-delà.
Pendant la bataille et avant leur retraite, les Allemands avaient mis le feu à dix-neuf fermes de la commune de Sainte-Gemmes.
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