« On était comme le petit village gaulois » : face aux élus, ils ont préservé le patrimoine naturel de leur commune

Il y a 33 ans, l’association le Camp de César a mené une fronde face au projet de rocade sud, destinée à contourner Angers. Une bataille désormais gagnée que ses bénévoles poursuivent en guettant les dangers d’une urbanisation excessive pour leur petite commune de Sainte-Gemmes-sur-Loire.

Village gaulois 1

 Sainte-Gemmes-sur-Loire, 3 février 2026. Yves Martin, André Ratour et André Trocheris militent pour préserver le patrimoine naturel de la commune de Sainte-Gemmes-sur-Loire, où ils résident

La Ville d’Angers s’en félicitait récemment dans son magazine municipal : elle vient de racheter trois hectares de terres à ses portes, au lieu-dit le Camp de César, à Sainte-Gemmes-sur-Loire. Le site va être transformé en espace de libre évolution où la nature va pouvoir s’exprimer sans intervention humaine. Ce qui deviendra un boisement naturel permettra de limiter l’étalement urbain, capter le CO2, réduire les îlots de chaleur, préserver la biodiversité… Autant d’atouts qui auraient pu disparaître au profit des fumées de pots d’échappement si des citoyens n’avaient pas décidé de contester le bien-fondé d’une décision politique, il y a 33 ans.

On était comme le petit village gaulois », se souvient Yves Martin, l’actuel président de l’association née en 1993 sous le nom « Le Camp de César ». Le projet concernant une portion de territoire bien plus large : il consistait à construire une rocade contournant Angers par le flanc sud. En plus des zones sensibles, en bord de Loire, le tracé menaçait une zone horticole emblématique de la commune de Sainte-Gemmes-sur-Loire. Le prix à payer pour délester les grands boulevards et des voies sur berges encombrés.

À l’époque, la voiture était reine et ces militants du dimanche étaient considérés comme des empêcheurs de tourner en rond : On nous a reproché de développer le syndrome du « pas dans mon jardin, se souvient Yves Martin. D’autres ont essayé de nous convaincre d’abandonner, en nous expliquant que c’était le pot de terre contre le pot de fer. Ils leur ont répondu par un slogan : « Seules les batailles qui ne sont pas engagées sont perdues à l’avance ».

Une patate chaude

En parallèle à l’organisation de réunions et divers événements destinés à sensibiliser la population, les bénévoles plongent tête baissée dans les documents d’urbanisme pour s’en approprier les codes et entamer des recours judiciaires. Des associations dédiées à l’environnement les soutiennent. Peu à peu, le sujet se transforme en patate chaude que le maire d’Angers (Jean-Claude Antonini) et le président du Conseil départemental (Christophe Béchu), se renverront pendant des années. Il s’invite aussi dans les différentes campagnes électorales.

En 2009, l’annulation du Plan local d’Urbanisme, sur un recours de La Sauvegarde de l’Anjou, est une victoire. Mais en 2012, le serpent de mer refait surface dans l’enceinte du conseil d’agglomération. Une liaison sud passant par Sainte-Gemmes-sur-Loire et Bouchemaine, pour un coût de 200 millions d’euros, est mise sur les rails. Pour être abandonnée, après sept mois de concertation et 335 000 € d’études, au profit d’un petit contournement sud, bien moins coûteux (autour de 15 millions d’euros) au niveau des Ponts-de-Cé. Il faudra finalement attendre 2014 pour que Christophe Béchu, devenu maire d’Angers, enterre la question. À l’époque, nous avions entamé un recours contre le SCOT. Il nous a proposé un marché : si on y renonçait, il tournerait définitivement la page de la rocade de son côté.

Et maintenant, la menace de l’urbanisation

Nos bénévoles se sont-ils pour autant endormis sur leurs lauriers ? Clairement, non. Dans leur ligne de mire, on trouve désormais la Zone agricole protégée (ZAP) de Sainte-Gemmes-sur-Loire, menacée d’être bouffée par l’urbanisation comme l’explique sans détour Alain Ratour, secrétaire du Camps de César. Décrétée par le préfet dans la foulée de l’abandon du projet de rocade, cette ZAP représente un tiers de la superficie totale de la commune.

Appelée « le triangle vert » pour avoir été longtemps dédiée à l’horticulture, elle serait en train de perdre son âme. Le prix des terrains a augmenté, des activités non agricoles ont commencé à y apparaître, des maisons d’exploitants ont été rachetées pour en faire des logements individuels… Avec ses camarades, Alain Ratour milite désormais pour qu’un plan d’ensemble soit dessiné afin que la ZAP reste en cohérence avec sa vocation initiale, et se tourne davantage vers une production bio, qui viendra alimenter une logique de circuit court, encouragée par l’Agglomération ».

Village Gaulois 2

L’association du Camp de César redoute aujourd’hui que la zone horticole de la commune soit peu à peu grignotée au profit d’activités industrielle ou résidentielle.

En ce sens, dans le cadre de la révision du Plan local d’urbanisme, ils viennent de déposer une contribution auprès de l’Agglo, en concertation avec l’association Pôle végétal Loire Maine (APVLM), qui rassemble 25 maraîchers et horticulteurs de la commune. Nous insistons sur la nécessité de maintenir une diversité de production et de mener une politique volontariste en matière gestion du foncier, précise André Trocheris, trésorier du Camps de César. Les militants tiennent également à ce que le périmètre de la ZAP soit élargi jusqu’à la zone urbaine voisine, afin d’éviter un grignotage insidieux et tout nouveau projet d’infrastructure routière. Pour préserver le caractère agricole de ces terres, ces écologistes de la première heure vont jusqu’à soutenir un projet de réserve d’eau, ponctionnée dans la Loire. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

Fabienne Supiot


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