Le Courrier de l’Ouest, 20 juillet 2026

Il faut surtout changer les pratiques » : favorable à une réserve d’eau, ce maraîcher bio en appelle au bon sens


Paul-Henri Prodhomme, maraîcher bio à la ferme du Bois de Leppo à Sainte-Gemmes-sur-Loire, appelle surtout les exploitants à changer leurs pratiques pour tenir le sol le plus humide possible en période de sécheresse.

Le champ de chou bio fait peine à voir. Les feuilles n’ont pas bonne mine. Grillées. Il y a certes le phénomène de la sécheresse mais surtout la prolifération des altises (un insecte ravageur, N.D.L.R.), qui se développent énormément en raison de la chaleur. Paul-Henri Prodhomme est maraîcher bio à la ferme du Bois de Leppo à Sainte-Gemmes-sur-Loire, près d’Angers (Maine-et-Loire). Il fait partie des irrigants de la plaine horticole et maraîchère de la commune. Je n’ai pas trop à me plaindre. J’ai de l’eau grâce au réseau, indique-t-il.

« Les fleurs de tomates avortent. Il n’y a pas de fruits »

Un projet de réserve d’eau est dans les cartons depuis près de trois ans. Le sujet n’est pas aussi tendu que dans d’autres régions, où les projets de bassines opposent agriculteurs d’un côté et défenseurs de l’environnement de l’autre. Ce projet aux portes d’Angers ne puisera pas dans la nappe mais permettra un stockage de l’eau, qui coule en grandes quantités l’hiver. Cette réserve d’eau, j’y suis favorable, lance tout de go Paul-Henri Prodhomme.

Sans eau, on ne fait rien, dit-il. Mais le maraîcher bio estime que ce ne sera peut-être pas suffisant. Est-ce que nous ne sommes pas déjà dans une fuite en avant ? Même avec un apport raisonné et suffisant d’eau, Paul-Henri Prodhomme constate, amer, que les carottes qu’il a semées il y a quelques jours n’ont pas levé. J’ai également accumulé pas mal de pertes sur les poireaux, qui ont grillé sur place au moment de l’implantation, signale-t-il.

« On pourra faire toutes les réserves d’eau qu’on veut, mais il faut surtout changer les pratiques », estime Paul-Henri Prodhomme, maraîcher bio à la ferme du Bois de Leppo à Sainte-Gemmes-sur-Loire.

« On pourra faire toutes les réserves d’eau qu’on veut, mais il faut surtout changer les pratiques »

D’autres cultures souffrent comme les haricots verts et même les tomates. Les fleurs de tomates avortent. Il n’y a pas de fruits, se désole-t-il. Je subis les conséquences de la première vague de chaleur de mai. Il y a un creux actuellement dans la production de tomates.

Par-dessus tout, des déconvenues inattendues enquiquinent le maraîcher bio. Avec les fortes chaleurs, je suis confronté à de nombreux ravageurs, rapporte-t-il. Les altises ont envahi ma parcelle de choux. On dirait qu’ils sont grillés. Vu les dégâts, je vais sans doute arrêter la production l’an prochain. J’ai aussi des acariens dans la serre, qui adorent les conditions chaudes et sèches comme maintenant.

Apports organiques

Pour lui, une seule solution s’impose : Des actions doivent être menées immédiatement pour être plus résilients. On pourra faire toutes les réserves d’eau qu’on veut, mais il faut surtout changer les pratiques. Cette bifurcation commence par des choses assez simples à mettre en œuvre. Le secteur de Sainte-Gemmes est une plaine alluviale avec du sable, décrypte-t-il. En ajoutant des apports organiques comme de la paille ou des branches mortes, cela permet de retenir l’humidité.

Le maraîcher invite à transformer sans chambouler, pour favoriser un phénomène éponge dans le sol, en limitant le travail du sol. Plus la terre est retournée, moins on retient l’eau, relaie-t-il. Moi, à ma petite échelle, je bâche mes parcelles pour éviter la repousse de l’herbe. Même noires, ces bâches retiennent l’humidité et favorisent également l’activité microbienne. Le sol ne devrait jamais rester à nu.

Suffisant ?

Le projet de réserve d’eau n’est donc pas pour lui la panacée. Ce plan d’eau permettrait en effet de sécuriser les professionnels et c’est très bien. Mais avec ces fortes chaleurs très tôt dans la saison, est-ce que les quantités seront suffisantes ?, s’interroge-t-il. Les premières études montrent qu’on pourrait tenir deux voire trois semaines en cas de crise avec 160 000 m3 mais est-ce que cette réflexion englobe les températures qu’on subit ?

Paul-Henri Prodhomme, ancien programmateur de logiciels de comptabilité, a repris en janvier 2023 la ferme du Bois de Leppo. Il propose de la vente directe.

EMMANUEL POUPARD

 


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