Le 23 juin 2005, le Département a inscrit dans son schéma de programmation des routes la rocade sud dont il a accepté la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d'ouvrage de la part de l ’Agglomération

La raison avancée est qu’il sera en charge des routes nationales au 1er janvier 2006 et que ce projet lui semble en relever (interrogé, il y a une dizaine d’années, l’Etat estimait pourtant qu’une liaison sud ne présentait aucun intérêt pour lui en tant qu’axe national).

Les adhérents de l’association du Camp de César ont rencontré récemment et à deux reprises une délégation du Département, composé de Jacques Hy, conseiller général, Vice-Président délégué aux routes, aux infrastructures et à l'urbanisme, Alain Stephant, Directeur des routes et des déplacements, et Patrice Langlade, ingénieur à la DRD :
? le 6 juin au siège de la Direction des Routes du Département pour un échange de vues sur le projet de rocade sud ;
? le 29 juin au café « L’Atelier » sur la commune de Sainte Gemmes-sur-Loire pour une présentation des résultats de l’étude faite par le Département sur les différentes hypothèses de tracé pour une liaison sud.

Un nouvel état d’esprit d’aménageur

Le Département veut se donner le temps de bien étudier le projet…pour ne pas en perdre après à cause d’un dossier mal ficelé. Mais il a également conscience qu’il devra régler vite des cas individuels (horticulteurs bloqués dans leurs projets d’investissement…).

Le Président Béchu a confirmé que, selon les dispositions du Schéma directeur de la région angevine, la décision de faire ou non la liaison sud sera prise au vu des effets du contournement nord d’Angers (mis en service en août 2008) sur la circulation au sud.

Rien à voir avec l’impatience de l’Agglomération qui lance le SCOT (Schéma de cohérence territoriale), procède à des acquisitions foncières sur l’aire prévue pour la rocade et a fait inscrire le fuseau dans le PLU de Sainte Gemmes-sur-Loire, adopté a priori en juillet prochain.


Une attitude de concertation

Les représentants du Département ont exprimé le souhait d’aller sur le terrain et de rencontrer les habitants et les entreprises concernées par le projet. Ils trouvent intérêt à avoir pour interlocuteurs privilégiés une association comme celle du Camp de César, lieu de réflexions et de propositions. Rien à voir avec la concertation avec l’Agglomération qui s’est faite surtout devant les Tribunaux, quatre fois à Nantes et une fois au Conseil d’Etat.

Si la rocade sud devait se faire, l’association du Camp de César entend bien que les mesures compensatoires soient inspirées d’un esprit d’égalité des citoyens. Ce qui serait proposé aux habitants du sud devrait être du niveau de ce qui a été réalisé au nord : couverture, encaissement de la voie, passage sous la voie ferrée et non au-dessus …).


Une maîtrise d’ouvrage bicéphale ?

Le Département prend la maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre. Il entend avoir la responsabilité politique. Il ne reprend pas les études faites par l’Agglomération et veut se faire sa propre idée avec ses propres travaux. Ainsi il ne reprend pas à son compte le fuseau inscrit au Plan local d’urbanisme de Sainte Gemmes-sur-Loire.

Mais l’association du Camp de César s’inquiète que le Département ait en l’Agglomération un partenaire privilégié, mais un peu encombrant qui voudrait imposer ses vues. On vient de le voir avec la sanction infligée par le maire d’Angers à son adjoint aux affaires sociales Hervé Carré, hostile au passage de la rocade sur le pont de l’Atlantique (« immense voie rapide à l’américaine générant des nuisances importantes », selon le Schéma directeur de la région angevine de 1996 qui n’avait pas retenu ce scénario catastrophe). Et lors du conseil municipal du 30 juin, le maire d’Angers n’a-t-il pas proclamé que « la rocade sud est un projet qu’il nous faut continuer à mener pleinement ». Le Département appréciera…


Le Département n’a pas les mains libres

Le Département ne maîtrise pas des paramètres essentiels à une réflexion globale et sans a priori sur le projet de rocade sud:

Concernant l’autoroute :
? L’utilisation d’une rocade doit être gratuite. Or la gratuité du péage de Troussebouc n’est pas encore acquise
? L’échangeur de St Serge ne sera qu’un demi-échangeur. Venant de Nantes par l’A11, l’automobiliste ne pourra pas rentrer dans Angers et l’inverse sera vrai. On n’évitera pas un report de trafic en provenance de l’A11 sur la RN23 en milieu urbain.

Concernant la Ville d’Angers :
? La voie sur berge sera requalifiée en 2 X 1 voie et coupée en 2009 par le tramway à niveau devant le multiplexe
? Le boulevard d’Arbrissel semble délibérément écarté des études. Lui aussi recevra le tramway, ce qui le disqualifie pour recevoir une circulation routière soutenue… qu’il n’a jamais eue !

Un projet pour la seule Ville d’Angers

Les études montrent que le trafic capté par la rocade sud serait à 85 % d’origine locale. Cette liaison n’aurait donc qu’un seul intérêt pour Angers : accaparer un trafic empruntant aujourd’hui les boulevards sud d’Angers. Elle réunirait l'autoroute vers Cholet et celle vers Nantes, d’où des perspectives de trafic à 2010 (projection admise par le Département) de 50 000 véhicules/jour (contre 40 000 véhicules/jour sur le contournement Nord).

L’étude de 2003 a montré que, dans tous les cas de figure, la liaison sud ne ferait pas diminuer la part de marché de l’automobile face aux transports en commun. Trop proche du cœur de la ville, elle inciterait l’automobiliste en déplacement sur la rocade à emprunter les radiales pour gagner le centre-ville. Les collectivités continuent à subir l’automobile. Rien n’est fait pour la canaliser ou endiguer son développement (Plan de déplacements d’entreprises, modes doux,…).

Les citoyens paieraient cher deux fois, une fois pour le tramway (200 millions d’euros pour la première ligne) et pour la rocade (350 millions d’euros, soit 10 ans de budget routier du Département) pour un bilan contraire à l’objectif du Plan de déplacements urbains, prescrit par la loi sur l’Air, c’est-à-dire la diminution de la place de la voiture en centre-ville. Les finances locales sont déjà mises à mal avec l’aéroport de Marcé et l’usine d’incinération et il ne faut peut-être pas en rajouter.

Un projet hors la loi

Même si le Département est maître d’ouvrage, il doit néanmoins tenir compte des grandes options politiques contenues dans le Projet d’Agglomération qui se veut capitale écologique, verte, environnementale...

Comment concilier le projet de rocade sud avec ce Projet qui prône des priorités contraires :

? le développement durable, symbolisé par l’île Saint Aubin, espace naturel amélioré par l’homme à deux pas de la ville (comme le triangle vert de Sainte Gemmes-sur-Loire) ;

? la création d’emplois à haute valeur ajoutée dans le végétal (la préoccupation du Président Béchu en faveur de la création du Parc du Végétal et la candidature de l’Anjou comme pôle de compétitivité du végétal est forte) ;

? le cadre de vie (« Angers, capitale écologique de l’Ouest »)

? la santé publique (le plan national santé-environnement, adopté par le Gouvernement le 21 juin 2004 a au nombre de ses actions « mieux prendre en compte l’impact sur la santé des projets d’infrastructures de transport »).

50 000 véhicules par jour le long des secteurs Roseraie– nord de Sainte Gemmes-sur-Loire et de leurs 30 000 habitants, c’est donc ce qui pourrait sortir des éprouvettes d’Angers, « laboratoire du développement durable » ?

La rocade sud, un mauvais choix pour l’avenir…