lundi 11 octobre 2004

10 000 promeneurs ont goûté au suc des « Gemmoiseries »

Depuis huit ans, les Gemmoiseries attirent gars des villes et gars des champs, aux portes d’Angers, à Sainte Gemmes-sur-Loire. 10 000 y ont baguenaudé, hier, paisibles, heureux.

Il suffit de descendre la rue des Glycines, au long de murs de schistes derrière lesquels frémissent figuiers et mimosas. Au coin de la place, adossé à une maison de tuf à la vigne vierge exubérante est l’étal de Fifi, fromager du Cantal, avec ses meules de 45 kg et huit mois d’affinage s’iou plaît. On en laisse fondre un dé sous la langue. On dit « mmmhh… fruit sec…paille…. », pour faire savant. Mais au fond, comme dit le sage Fifi, on s’en fout. « Faut laisser parler le goût ».

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La poire à remonter le temps

Son voisin est Bernard, membre émérite des « Croqueurs de pommes d’Anjou », une association épatante qui collectionne, en protecteurs de patrimoine, 300 variétés de pommes et autant de poires, dans un monde impitoyââble où l’ennui naît de la standardisation. On s’incline devant ses Général Leclerc, ses Beurres Lebrun, ses Délices d’Adenport dont les sucs vous emplissent la gorge de souvenirs d’enfance. On demande conseil pour ne pas planter du tout venant. Bernard et ses copains ont réponse à tout.

Plus bas, vers le Pré Seigneur et le bras de Loire ensablé qui longe l’Ile aux Chevaux sont Didier, le tonnelier, Christian, venu du Gers avec ses foies gras et autre cuisses de canards aux pruneaux, Christophe, ostréiculteur de Noirmoutier…

Au pied du marronnier, une petite bande de chouettes copains futés – de ces ados amènes, propres sur eux, qui disent « bonjour monsieur » et qui-ne-glaviottent-pas-au-sol comme ceux de la place du Ralliement à Angers, ont trouvé le bon filon. Ils servent sirop, cafés (0,50 €), gâteaux (1 € la part pas trop chipoteuse), proposent un parcours de bille (1€). L’an dernier, Corentin, Marie et leurs potes s’étaient ainsi partagés 105 €, le soir venu.

Wendy la fileuse

Plus bas encore, des petites filles modèles caressent le mohair, mais hésitent à approcher la quenouille de Wendy-la-flileuse, de peur de se piquer et de tomber en long, très long sommeil, comme dans le conte. Il y a Olivier, un vannier créatif et artiste : chez lui, l’osier n’a plus rien de ringard. Laurence et Claude, de Savennières, proposent une valse de confitures et de gelées inventives (églantier, pissenlit, mimosa, lilas, coucou, griottes et punch-bananes)… et même un ketchup maison aux piments d’Espelette. Christine est intarissable sur ses algues « bio » et Nicolas, de Louerré, laconique, sur ses noix maousses, « fraîches, bio ». Les mots, en effet, sont superflus.

Il n’y a peut-être qu’aux Gemmoiseries, au détour d’une collection de 150 outils, que l’on apprend que le sécateur fut inventé en 1807 par un certain marquis des Molleville (celle-là, vous pourrez toujours la placer au dessert, entre le fromage et les noix).

Henri est toujours là, avec ses cyclamens, ses véroniques et des plants de fraisiers. Et Michel, l’élagueur écureuil, qui plante et débroussaille aussi tout ce que vous voudrez. « Bio » les radis et les artichauts de Vivy. Bio, encore, l’anti-limace. Ca ne sent pas le graillon, nulle sono agressive et pas un gendarme en vue. Ici, il jurerait dans le décor.

Près de l’expo de bonsaïs, même les canards et les poules d’Alain sont « zen ». Alain et ses copains de club ont une passion : les races anciennes comme la poule Faverolle. « Tu commences avec un coq gaulois, et puis tu mords dedans et le virus te prend ». Rien que du sérieux : ils comptent l’INRA de Tours parmi leurs clients « en œufs et en géniteurs ».

Le ciel est bleu. On se charge les bras de plants de camélias et d’azalées. On fait le plein de noisettes pour l’hiver. 85 exposants et 10 000 promeneurs du dimanche, au pif, ont dit les organisateurs, qu’on remercie bien, vraiment. Surtout ne changez rien.

Article de Dominique Billaud